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Extrait du livre :

"La théorie du succès"



Capacité d’agir en toute conscience

La littérature regorge de personnages. On peut s’en servir en guise de cas pratique, car ce qu’on y trouve est tellement similaire à ce qui se passe dans la vie réelle. La plupart des personnages de romans, dans leur psychologie, ne s’éloignent guère des personnes qu’on peut côtoyer dans la vraie vie. Certains de ces personnages, on les connait même mieux que n’importe quelle autre personne dans notre entourage. Je pense donc que ça sera mieux d’appliquer cette théorie à de tels cas que d’en inventer de nouvelles situations imaginaires. Prenons comme exemple la vie de Félicité dans le conte de Gustave Flaubert « Un cœur simple ».

L’exemple de Félicité de Flaubert

Imaginons que la vie de cette femme existe vraiment. Dès le premier chapitre, Flaubert décrit déjà la psychologie de son héroïne, Félicité, comme étant une servante fidèle et très dévouée, presque au même niveau qu’un animal domestique. Flaubert commence par :

« Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont l’Evêque envièrent à Mme Aubain sa servante Félicité.

Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maitresse – qui cependant n’était pas une personne agréable. »

Un peu plus loin, Flaubert décrit davantage Félicité. C’est une femme maigre, plus âgée en apparence, économe, silencieuse, s’habillant d’une certaine façon, travaillant dur toute la journée et fonctionnant d’une manière automatique comme une femme en bois. Il décrit plus loin, son engagement par Mme Aubain, qui cherchait plutôt, à ce moment-là, une cuisinière. Elle l’accepte quand même, bien qu’elle soit incompétente en cuisine, car elle lui « paraissait avoir tant de bonne volonté et si peu d’exigences ». Ce que Félicité cherchait en premier lieu, c’était d’avoir une maison, de la chaleur humaine, d’être entourée, d’être au service d’une famille ; la récompense par rapport à ses services lui importait peu. Tout cela formait pour elle son idéal, sa perception de la vie ; et elle a pu l’atteindre et le vivre jusqu’à sa mort. Ce qui la rend heureuse c’est son dévouement inconditionnel à l’égard des autres. Elle est heureuse quand elle est au service des autres. Elle s’attache dans un premier temps aux enfants de Mme Aubain (Paul et Virginie). Mais avec le temps, leur âge, elle commence à sentir une certaine distance entre elle et eux, alors elle se préoccupe davantage de son neveu Victor jusqu’à sa disparition définitive dans une aventure de voyage. Ensuite, elle se prend successivement d’affection pour Virginie qui, quelque temps après, se trouve affaiblie par une maladie qui l’achève, des cholériques, d’un vieillard atteint d’un cancer, d’un perroquet…

Cette perception qu’elle a de la vie lui vient de son enfance difficile. Flaubert décrit un peu son parcours douloureux et misérable, son exploitation par ses patrons, sa situation orpheline : « Son père, un maçon, s’était tué en tombant d’un échafaudage. Puis sa mère mourut, ses sœurs se dispersèrent, un fermier la recueillit, et l’employa toute petite à garder les vaches dans la campagne. Elle grelottait sous des haillons, buvait à plat ventre l’eau des mares, à propos de rien était battue, et finalement fut chassée pour un vol de trente sols, qu’elle n’avait pas commis. Elle entra dans une autre ferme, y devint fille de basse-cour, et, comme elle plaisait aux patrons, ses camarades la jalousaient. »

En quelque sorte, on l’a conditionnée dès son enfance à être au service des autres sans même penser à exiger une récompense en contrepartie, au même titre, dans une certaine mesure, qu’un esclave ou un animal de compagnie. Elle a grandi avec cette perspective qu’elle n’ait de valeur qu’en étant au service des autres. C’est bien ce qui lui donne du plaisir, car elle associe sa survie à ses tâches de servante. C’est pour cette raison qu’elle accomplit son travail mieux que quiconque. Dans ce cadre, Flaubert écrit : « Personne, dans les marchandages, ne montrait plus d’entêtement. Quant à la propreté, le poli de ses casseroles faisait le désespoir des autres servantes. ». Même à la mort de son neveu, quand on lui a apporté la nouvelle, elle était très endeuillée et malgré cela elle ne s’empêchait pas de penser au linge et aller le rincer.

Son comportement, de tendresse et de soin qu’elle manifeste envers les autres, provient aussi de sa souffrance et sa douleur d’en avoir manqué dans son enfance. Quand on expérimente une souffrance, on développe une grande empathie envers ceux qui la vivent.

Au niveau des croyances de Félicité, on trouve clairement qu’elle a intériorisé le fait qu’elle est inférieure aux autres et incompétente. Elle s’interdit d’intervenir par exemple dans les décisions concernant l’avenir et l’éducation des enfants de Mme Aubain. Même la mort de cette dernière avant elle lui paraissait étrange, car elle croyait que ceux qui ont moins d’importance, qui sont inférieurs, doivent partir en premier, ça serait plus juste selon sa perception.

Ce qui forme les convictions de Félicité consiste dans ce qui l’occupe sur le terrain. On la trouve systématiquement dans la recherche des faibles, des malades, de ceux qui sont dans le besoin, pour les aider. Elle est convaincue instinctivement qu’elle doit agir, apporter son soutien, aider les faibles, s’occuper des malades, etc.

J’aimerais bien revenir sur un passage qui m’a marqué dans ce livre en parlant de l’incompétence et la naïveté dont Félicité fait preuve tout le long de sa vie. Ce passage est celui où Félicité demande à M. Bourais de l’aider pour savoir où se trouve La Havane, car son neveu y est :

« Il atteignit son atlas, puis commença des explications sur les longitudes ; et il avait un beau sourire de cuistre devant l’ahurissement de Félicité. Enfin, avec son porte-crayon, il indiqua dans les découpures d’une tache ovale un point noir, imperceptible, en ajoutant : “Voici.”

Elle se pencha sur la carte ; ce réseau de lignes coloriées fatiguait sa vue, sans lui rien apprendre ; et Bourais, l’invitant à dire ce qui l’embarrassait, elle le pria de lui montrer la maison où demeurait Victor. Bourais leva les bras, il éternua, rit énormément ; une candeur pareille excitait sa joie ; et Félicité n’en comprenait pas le motif, – elle qui s’attendait peut-être à voir jusqu’au portrait de son neveu, tant son intelligence était bornée ! »

Flaubert, surement, cherchait des idées idiotes pour son personnage Félicité (pour être en adéquation avec sa psychologie et pour illustrer son interaction avec le savant Bourais). Mais ce qu’il a trouvé, c’est une idée incroyable qui fait en partie le succès de Google actuellement. Félicité demande à Bourais de lui montrer la maison, ou même le portrait, de son neveu sur la carte. À l’époque, on n’imaginait pas encore la possibilité d’agrandir une carte jusqu’à trouver une maison, voire des personnes, cela devient tout à fait possible avec Google Earth aujourd’hui. Le secret de toute révolution se cache souvent dans ce que nous pensons être des idées bêtes, étranges, impossibles, etc. Car c’est dans les idées les plus étranges, qu’on qualifie facilement de bêtes, qu’on peut sortir de la pensée habituelle et découvrir des zones inconnues dans le monde qui nous entoure.

Analyse de la vie de Félicité

Dans la vie, on trouve beaucoup d’exemples de personnes qui adoptent les mêmes perceptions et croyances que Félicité, surtout à la compagne et dans des pays sous-développés. J’aimerais préciser à présent que tous nos comportements dans la vie sont guidés par la domination de quelques croyances et convictions qu’on peut compter sur les doigts. Ces croyances sont, en quelque sorte, une synthèse de ce qui nous attire le plus dans l’ensemble des perceptions que nous avons du monde extérieur.

Par rapport à Félicité, on peut résumer son schéma conditionnel comme suit :

shéma conditionnel d'un animal

Les convictions de Félicité sont clairement ses croyances fortes qui la poussent à l’action sur le terrain. Tout au long de sa vie, elle cherche absolument à aider quelqu’un, elle a fini par s’occuper d’un perroquet quand les personnes dont elle s’occupait successivement sont décédées. Ses perceptions, qui l’accompagnaient depuis l’enfance, étaient à l’origine de ses croyances, qui forment une liste d’impuissances acquises, sur sa dépendance des autres, son incompétence dans la vie, et son infériorité aux autres. Tout ce qu’elle maitrisait était des tâches manuelles, car elles étaient nécessaires pour sa survie, elle développait instinctivement des compétences dans ce domaine pour assurer inconsciemment sa survie.

Vous remarquez bien qu’une fois que vous établissez le schéma conditionnel d’une personne, vous pouvez expliquer facilement l’origine de son comportement dans la vie. Et tout changement ne peut se faire qu’en modifiant le contenu de son schéma.

Comment agir sur un schéma conditionnel ?

Une fois qu’on établit le schéma conditionnel, il importe de prendre conscience « du pourquoi » qui donne son contenu. Ce n’est pas toujours évident, mais il y a forcément un pourquoi qui produit nos perceptions, nos croyances, nos convictions et nos compétences et savoirs. Souvent, on répond à cette question par « j’ai toujours perçu les choses de cette manière. », « j’ai toujours eu la conviction… », etc. Personne n’est né avec ses perceptions et croyances toutes faites, il y a toujours une raison qui a fait qu’on voit les choses comme on les voit, et qu’on croit à ce qu’on croit. C’est important de repérer les sources de nos croyances. Car cela permet de les relativiser, les modifier, ou même les remplacer facilement en fonction de l’objectif qu’on veut réaliser. Par rapport à notre cas (le schéma conditionnel de Félicité), on sait le pourquoi de chaque stade. Une telle personne peut changer ses perceptions, ses croyances, et ses convictions, une fois qu’elle prend conscience de leur source.

Vous avez peut-être remarqué que dans les facteurs du succès, je ne parle pas d’actions, car je suis convaincu qu’elles sont des conséquences directes de nos croyances et convictions. Si je veux créer un pourquoi très fort de ce que je veux réaliser, j’agirai sur mes croyances et convictions. Ce faisant, je crée un besoin de passer à l’action avec passion ; alors que si je commence par lister des actions qu’il faut adopter pour atteindre un objectif, avec peu de convictions, je n’en exécuterai que très peu et je les oublierai à la longue. Dans ce dernier cas, je suis dans le comment. On ne peut exécuter un plan d’action sur le long terme si on n’est pas passionné par ce qu’on fait, et la passion provient des croyances fortes. Si j’ai un « pourquoi » faible, je n’aurais pas assez d’énergie et de motivation pour réaliser le « comment » ; alors que si j’ai un pourquoi fort de ce que je veux, je ferai face à n’importe quel comment.

Une fois qu’on assure des croyances et convictions fortes, atteindre un but ne peut se faire que par un plan d’action…